Améritrash et KS : A Love Story Game

Alors que Massive Darkness 2 : Hellscape débarque le 4 août sur KS, retour sur une recette qui fait mouche : l’Améritrash et Kickstarter.

Un dungeon crawler dans la plus pure tradition du genre : grosses figurines et gros monstres qui fachent.

Quelques définitions

Avant d’attaquer le vif du sujet, il est important de définir les deux termes majeurs que nous allons aborder, que ce soit pour les nouveaux ou pour bien définir le périmètre de notre propos :

  • L’Améritrash est un genre de jeu de société, total contraire du Kubenbois (aussi appelé Eurogame / jeu à l’Allemande) et source d’inspiration pour l’Eurotrash (le choc des deux précédents). Particulièrement immersif et doté d’un thème fort, l’Améritrash possède une panoplie bien garnie de figurines et de poignées de dés. Tourné vers l’action directe et épique, ses règles sont souvent intuitives et scénarisées. On y retrouve des titres très prisés des joueurs comme Zombicide, Descent, les Demeures de l’Épouvante, Star Wars : Assaut sur l’Empire ou encore Twilight Imperium.
La licence Zombicide c’est trois univers : Contemporain, Medfan et Space Opera. Ça dézingue dans tous les sens !
  • Kickstarter est une plateforme en ligne de financement participatif. Des éditeurs de jeux (et un peu plus rarement des particuliers) y proposent durant un temps limité, plusieurs semaines en général, de participer à la future production d’un jeu. Grosso modo vous payez en avance votre jeu, qui sera ensuite conçu et envoyé via cargo/train/avion chez vous.Les offres sont souvent accompagnées de « stretch goals« , c’est à dire des avantages offerts aux contributeurs contre leur financement. Ces avantages sont souvent des ajouts exclusifs (impossibles à retrouver en boutique par la suite) : figurines supplémentaires, cartes spéciales, jetons de qualité supérieure, etc.
Les stretch goals particulièrement sympathiques de Nemesis, un coop à la sauce Alien.

Une success story plutôt prévisible

Alors que très récemment Frosthaven, la suite tant attendue de Gloomhaven, a explosé le plafond des contributions sur Kickstarter (12 969 608$ et 83 193 contributeurs), la plateforme ne s’est jamais aussi bien portée sous l’étendard des jeux de société. Quelles pourraient être les raisons d’une aussi belle histoire d’amour ?

Frosthaven peut être considéré comme un Eurotrash par certains joueurs.Son succès vient d’un gameplay exigeant combiné à une immersion profonde.

Une plateforme confortable pour les éditeurs

Vous le savez peut-être, mais le jeu de société, c’est plus de 1000 sorties par an en France uniquement. Autant dire que les poissons noyés dans la masse sont nombreux. Pour réussir à voir la surface, les éditeurs doivent développer des stratégies marketing bien plus efficaces mais aussi plus…sécurisantes ! Car un jeu qui ne se vend pas (aux clients…mais aussi à votre crémier préféré), c’est une perte sèche. Sur Kickstarter, l’éditeur est très vite fixé avant même d’avoir lancé la production du jeu.

Une offre concurrentielle demande un plus grand travail de communication pour les éditeurs et distributeurs.

On peut bien entendu targuer le fait que Kickstarter n’est pas LA réponse à tout et c’est le cas : la plupart des jeux s’en passent très bien, et font l’objet d’un circuit traditionnel entre un éditeur et un distributeur, avec des promotions lors de festivals (Cannes, ESSEN, PEL…). Mais pour votre Dungeon Crawler de 10 kilos avec 42 figurines et qui affiche 3h+ de jeu, c’est plus difficile non ? Bien entendu, l’éditeur ne fait pas tout, et un distributeur classique peut être frileux à l’idée d’investir dans un tel morceau.

Oya est un petit distributeur et éditeur français indépendant qui utilise les voies classiques et s’en sort très bien.

Un tremplin pour les jeux de niche

Lorsque vous observez la catégorie Jeux de Société de KS, vous remarquez des constantes dans les produits proposés : on y voit du jeu de rôle, du jeu de figurines, des miniatures pour votre imprimante 3D et quelques OVNI ludiques. C’est que Kickstarter s’adresse à un public bien spécifique : le hardcore gamer, le ludiste de l’extrême. En témoigne les projets les plus soutenus sur la plateforme :

Dans ce top 9, on remarque 7 Améritrash, aux côtés d’Exploding Kittens (un party game très geek ) et de 7th Continent (un jeu narratif « dont vous êtes le héros »). En allant plus loin dans la liste (Top 50), on retrouve le même schéma :

  • 33 jeux avec figurines typés Ameritrash / Eurotrash
  • 7 jeux d’ambiance inspirés des univers Geek : Joking Hazard et Trial by Trolley de Cyanide & Hapiness, Bears vs Babies…
  • 9 kits pour figurines, terrains en 3D et autres dés, ainsi qu’une table de jeu « The Duchess ».

Quand aux univers, on y aperçoit une écrasante base medfan (25), suivie d’une petite quantité de science-fiction (5), contemporain (4), et titres issus de franchises de jeux vidéo / comics (7). Le public ciblé concerne une niche de joueurs attirés par des titres longs et inspirés d’une culture très Dungeons & Dragons. Mais pourquoi les jeux les plus financés sont-il ces gros jeux bien lourds ?

Le magnifique Tainted Grail coche tous les prérequis : univers medfan sombre, expérience narrative immersive, et des figurines d’une finesse absolue.

Une recette qui marche

L’Améritrash est un genre nerveux, bourré d’action, d’aventure et d’histoires fantastiques. L’aspect narratif étant de plus en plus appuyé, de même que la présence du jeu solo, les joueurs sont rapidement attirés. Le bon vieux porte-donjon-monstre est désormais dépassé, voir surclassé. Gloomhaven a prouvé que l’on peut partir d’un concept aussi classique pour le sublimer. Et qui n’a pas envie de se laisser entraîner dans une véritable quête ? En favorisant l’immersion des joueurs, on est pas loin de se rapprocher d’autres médias populaires comme le jeu vidéo, la littérature et le cinéma. Effectivement, vous allez écrire une histoire, la votre et celle de vos compagnons.

Nemesis est une aventure coopérative intense qui fait de vous le héros principal d’Alien.

Un contenu qui fait rêver

Nul doute que le prix de la boite entre en ligne de compte. À cause d’un matériel souvent somptueux et la présence de miniatures, l’achat est souvent conséquent (si vous avez 90 euros, vous aurez probablement juste la version de base). Pour l’éditeur, KS est donc un bon moyen d’assurer ses arrières. D’ailleurs, malgré un investissement élevé, les joueurs semblent facilement conquis : on atteint sur les 8 premiers titres une moyenne de 40 000 contributeurs. Dans le TOP 5 du site entier, on retrouve d’ailleurs deux jeux de société : Frosthaven et Kingdom Death.

Pour plonger dans le monde d’Etherfields, il vous en coûtera une centaine d’euros.

Si vous regardez bien le déroulé d’une page Kickstarter, vous ferez le constat suivant : le visuel prime. Pour donner envie au joueur, et déclencher la sortie de votre Carte Bancaire, il faut vous accrocher. Or sur internet le lecteur ne fait que parcourir les pages en zig-zag et s’attarde sur les images. Bref, l’internaute lit très peu, mais regarde beaucoup.

Il y a ce que l’internaute voit et ce qu’il perçoit. Et en moins de 2 dixièmes, l’internaute lambda se forge déjà une première impression.

Il lui faut donc des informations visuelles percutantes et alléchantes. L’abondance, voir la débauche de matériel devient un enjeu majeur pour déclencher l’extase…et l’achat ! Cette tâche est bien plus ardue sur des petits jeux de cartes ou abstraits. Il faut qui plus est pouvoir proposer du contenu additionnel aux contributeurs (les fameux stretch goals) !

Malgré un concept très simple, Exploding Kittens a su se démarquer sur la plateforme avec son design fun.

Ce qu’on vous vend, c’est avant tout un concept et son enveloppe. Pour les mécaniques de jeu, c’est au joueur déjà séduit de les chercher et les analyser (en bas de page en général). Les figurines sont d’ailleurs parfois une alternative plus qu’une nécessité. Attention, cela ne veut pas dire que ces jeux sont mauvais, loin de là. Leur présentation répond juste à des standards attendus.

Monumental de l’éditeur Funforge possède deux versions : une classique avec des jetons et une deluxe avec des figurines.

Mais alors Kickstarter, c’est pas bien ?

Si vous êtes un amateur d’Améritrash, vous venez de tomber sur la caverne d’Alibaba. Si ce n’est pas votre tasse de thé, sachez tout de même que la plateforme est un bon espace pour découvrir des jeux plus originaux ou expérimentaux. Ceux-ci soulèveront moins de contributions, mais ils auront réussi à toucher leur public. Kickstarter est un lieu qui génère des opportunités.

The Shivers exploite le concept du livre Pop-Up pour vous faire vivre une aventure unique.

C’est aussi une bonne façon pour les éditeurs de comprendre mieux les joueurs et leurs attentes. C’est un lieu de rencontre, où les contributeurs se sentent plus proches de ceux qui inventent et créent les jeux. Un certain nombre de jeux ne seraient probablement pas sortis aujourd’hui sans un premier pas sur la plateforme. Bref Kickstarter c’est très bien, mais attention au compte en banque !

Mon dernier Kickstarter : une extension proposée par un éditeur que j’adore, La Boite de Jeu !

Publié par Doomy

J'écris des articles et les fiches produits pour magicbazar.fr consacrés aux jeux de société. Je suis passionnée par les JCE et les JCC. Je stream parfois sur Twitch (Doomascarade) et j'ai auparavant cast des compétitions officielles sur les jeux vidéos Hearthstone (O'Gaming) et Heroes of the Storm (Millenium).

7 commentaires sur « Améritrash et KS : A Love Story Game »

  1. Bien ficelé cet article, bravo et merci! Pour ma part, je ne passe pratiquement plus que par le financement participatif, essentiellement car les jeux proposés par de petits éditeurs comme Sierra madre games me correspondent mieux… Je correspond finalement parfaitement à ta définition du hardcore game, même si les jeux à figurines me laissent de marbre 🙂

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  2. Un point est très important : cela reste effectivement adressé à un public de niche pour ces gros titres ameritrash. Très clairement, peu de gens auront envie de se lancer dans 150 $ pour un jeu qu’ils ont simplement vu sur internet. C’est presque un microcosme au sein du monde du jeu vidéo. Un microcosme visible dans la communauté des hardcore gamers certes, mais qui reste mineur quand à la grande majorité des joueurs.

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      1. Face à l’ensemble de la communauté de joueurs, oui je pense. C’est assez drôle de voir en parallèle les projets ameritrash très chers, et à côté ceux type Exploding Kittens ou Trial by Trolley, qui ont bien plus de backers, car ils sont bien plus accessibles financièrement et s’appuient sur un autre type de communauté. C’est presque deux univers qui existent conjointement dans le monde du financement participatif de jeux sur Kickstarter ! 🙂

        Aimé par 1 personne

  3. pour ma part mes 2 premiers Kick starters furent a mes yeux de gros echec, Conan ou passé les 3 premiers scenarios c’est le vide sidérale en matiere de gameplay et Solomon Kane que j’attends encore soit plus de 300 euros foutu par la fenetre, depuis je regarde l evolution de kickstarter et je me dis que j’ai bien fait d attendre les sortie boutique , pour ma vf par exemple de Gloomhaeven ou L’ombre de kilforth, et je me dis aussi souvent , Editeur c’est un metier, et zaper ce metier pour ce l improvisé et bien parfois ça ce voit !

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    1. Je préfère aussi en général investir en boutique spécialisée (y travaillant moi-même). Je n’investis que dans des projets d’éditeurs connus pour leur sérieux (éditeurs professionnels qui souvent passent aussi par les voies traditionnelles de distribution). Bref en cas de doutes c’est un non pour moi. Mais ça demande une autre connaissance : celle du secteur ludique et de ses acteurs.

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